L'abbaye de Sant'Antimo


Blottie au cœur d’un vallon, à une dizaine de kilomètres de Montalcino et à l’abri de tout signe de modernité, l’abbaye de Sant’Antimo et sa silhouette majestueuse et blonde fait l’effet d’une apparition.



Sur les chemins de pèlerinage, les lieux saints sont en nombre et font entièrement partie de la démarche religieuse. Ils sont aussi de magnifiques monuments telle que cette superbe abbaye bénédictine, étape majeure sur la via Francigena bordée de cyprès au garde-à-vous.



Pour la petite histoire, l’abbaye de Sant’Antimo a sa propre légende. Charlemagne revient de Rome ce 15 avril 781, jour de Pâques, après avoir rendu visite au Pape Adrien 1er. Il a poussé son armée sur la via Cassia qui s’étire de Rome à Florence, le long de l’actuelle via Francigena, et descendu le Val di Starcia à quelques quarante kilomètres de Sienne. C’est alors que la peste leur a soudain interdit de goûter davantage à la douceur du paysage, décimant les hommes chaque jour un peu plus.





Pour contrer le fléau, au creux de la vallée silencieuse, Charlemagne fit le vœu de bâtir un sanctuaire, au milieu des oliviers qui habillent d’argent les ondulations de la terre. Une herbe des sous-bois leur porta bientôt le remède nécessaire, on l’appelle depuis « erba carolina ». Charlemagne ordonna alors la fondation d’un monastère sur les lieux du miracle. Il lui confia les reliques des saints Sébastien et Antimo, dont lui avait fait don le pape Adrien 1er, reliques exhumées des environs de Rome où des romains avaient été martyrisés aux premiers siècles pour avoir trop aimé parler de la foi qui les comblait. Ainsi dit la légende, même si aucun document n’attesta l’histoire que la tradition, tenace, porte pourtant depuis des siècles…

C’est ainsi que, fondée par les Lombards en 770, l’abbaye Sant’Antimo se développe grâce au soutien de Charlemagne et de son fils Louis le Pieu qui lui octroie des terres et des privilèges en 812. L’abbaye devient alors impériale et l’un des relais du pouvoir de l’empire. Son abbé exerçant alors son autorité sur trente-huit églises de Toscane. Seule subsiste de cette époque la petite chapelle carolingienne à droite de l’abbaye. C’est au XIIème siècle que Sant’Antimo, éminente étape des grands pèlerinages, connaitra son plus bel épanouissement.


Depuis elle élève fièrement sa nouvelle église à plan basilical, avec son déambulatoire à chapelles et ses toits en cascade d’inspiration française. Le campanile de style lombard, avec son cyprès presque aussi haut que lui, le verger ainsi que le jardin potager font du lieu une oasis bénie.


L’impression de sérénité exceptionnelle, de pureté chère à l’architecture clunisienne, se prolonge à l’intérieur dans les trois nefs claires, grâce à l’éclat de l’albâtre des carrières de Castelnuovo dell’Abate, pierre translucide qui s’illumine dès qu’un rayon de lumière les traverse.



Au couchant l’édifice prend toutes les couleurs du soleil, encensoir flamboyant que l’on découvre ébloui au tournant du chemin qui descend depuis Castelnuovo.

L’autre particularité du lieu se situe sur les flancs du campanile sur lequel s’agrippe çà et là un bestiaire fantastique : chimère, panthère, ours, taureau, singe ou chat.


A l’intérieur certains chapiteaux historiés, dont le plus célèbre représente Daniel dans la gueule du lion, sont l’œuvre du maître de Cabestany, un sculpteur ayant travaillé au XIIème siècle de l’Italie à l’Espagne.



Si seule l’église abbatiale est ouverte au public, une tablette numérique permet cependant de faire une visite virtuelle des autres parties du site que sont l’église carolingienne, la crypte, la tribune et le laboratoire pharmaceutique.


La gloire de Sant’Antimo fut finalement brève. En 1462 le pape Pie II supprime la communauté, entrainant le déclin et la ruine de l’abbaye. Bien que le cloître soit resté dans son jus, il faudra attendre le 20ème siècle pour que l’église soit restaurée par l’administration des Beaux-arts.

En 1992 l’abbaye ressuscite avec l’arrivée de chanoines qui y font résonner à nouveau des airs de chant grégorien. Ils la quitteront à leur tour à la fin 2016, hélas faute de vocations.


Aujourd’hui, au milieu de ces pierres silencieuses quelques moines de Monte Oliveto ont pris la relève, espoir d’une nouvelle renaissance…

Abbazia Sant’Antimo, 222 Castelnuovo dell’Abate.

Tél : +39.0577.286.300.

www.antimo.it